Pourquoi Sam Altman écarte une IPO en 2026
Sam Altman a balayé d’un revers les spéculations les plus pressantes : non, OpenAI ne franchira pas le pas de la cotation en 2026. Dans une interview accordée au magazine Fortune, le PDG d’OpenAI a été on ne peut plus clair : « Je dirais que ce ne sera pas en 2026, oui. Nous avons encore beaucoup à faire. »
Pourtant, le projet d’introduction en Bourse est bien réel et avance en coulisses. OpenAI a confidentiellement soumis un projet de S-1 à la SEC (Securities and Exchange Commission) le 8 juin 2026. Ce dépôt confidentiel prouve que l’entreprise prépare activement son entrée sur les marchés publics, même si le calendrier glisse.
Sam Altman a justifié ce report en expliquant que « le moment serait mal choisi pour entrer en Bourse, et nous ne ressentons pas de pression en ce sens ». Une posture qui tranche avec l’agitation médiatique autour d’une potentielle cotation dès septembre 2026, date qui avait circulé comme cible initiale.
La sécurité de l’IA, argument principal invoqué
L’argument central de Sam Altman pour repousser l’IPO repose sur la sécurité de l’intelligence artificielle. Le PDG estime qu’OpenAI doit d’abord sécuriser ses modèles avant de s’exposer aux exigences des marchés publics et à la pression trimestrielle des résultats financiers.
Cette position n’est pas isolée au sein de l’écosystème. Un chercheur en IA nommé Jacob Coxon, ayant quitté OpenAI pour Anthropic, a ensuite annoncé quitter le secteur de l’IA en raison de préoccupations liées à la sécurité. Il a écrit sur X que les développeurs d’IA « sont sincèrement convaincus qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Ce type de déclaration illustre la tension interne entre course à l’innovation et maîtrise des risques, tension qui complique toute ouverture du capital au grand public.
Un autre facteur pèse dans la balance : le procès d’Elon Musk contre Sam Altman. Ce litige porte sur la gouvernance d’OpenAI et sur la question de savoir si l’entreprise a trahi sa mission initiale d’association à but non lucratif. Le procès pourrait contraindre OpenAI à revoir sa structure de gouvernance avant toute cotation, ce qui ajoute une couche d’incertitude juridique au calendrier d’IPO.
Le calendrier réel : du S-1 confidentiel à un possible report en 2027
Le calendrier de cotation a glissé à plusieurs reprises. La cible initiale pour la cotation d’OpenAI était septembre 2026. En juin 2026, le New York Times avait déjà rapporté qu’OpenAI envisageait de repousser son entrée en Bourse à l’année suivante, soit 2027.
Le 19 août 2026, la CFO Sarah Friar a déclaré en interne qu’OpenAI « sera une entreprise publique en 2027 », ou plus tôt si l’activité continue de s’accélérer. Le CFO Sarah Friar aurait également indiqué en privé que l’entreprise vise désormais un début de cotation en 2027, tandis que Sam Altman qualifierait toute valorisation inférieure à 1000 milliards de dollars de « non-starter ».
Les marchés de prédiction comme Polymarket et Kalshi donnent des probabilités variables, autour de 54 à 59%, sur une cotation effective en 2026 ou une annonce d’ici mars 2027. Ces chiffres reflètent l’incertitude persistante quant au timing exact.
Un élément structurel conditionne également ce calendrier : la restructuration juridique d’OpenAI. L’entreprise est en train de se transformer d’association à but non lucatif en société à but lucratif. Ce passage est indispensable pour attirer les investisseurs de marché, mais il est complexifié par le procès Musk et par les interrogations sur le contrôle des modèles. Tant que cette transition n’est pas finalisée, une IPO reste difficile à exécuter.
Les chiffres clés de la valorisation d’OpenAI
OpenAI vise une valorisation pouvant atteindre 1000 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse. Selon Reuters, dès octobre 2025, OpenAI envisageait une IPO à une valorisation allant jusqu’à 1000 milliards, avec une levée de capital d’au moins 60 milliards de dollars.
Le 31 mars 2026, OpenAI a clôturé une levée de fonds de 122 milliards de dollars à une valorisation post-money de 852 milliards de dollars. Il s’agit de la plus grande levée privée de l’histoire. En août 2026, OpenAI a également racheté 7 milliards de dollars d’actions de salariés à cette même valorisation de 852 milliards, sans intervention d’investisseurs externes.
Pour mettre cette opération en perspective, SpaceX est entrée en Bourse le 12 juin 2026 et a atteint une capitalisation boursière d’environ 2,1 mille milliards de dollars (ou 1,77 mille milliards selon une autre source) après son premier jour de cotation. L’IPO d’OpenAI, si elle se concrétise à 1000 milliards, serait l’une des plus importantes de l’histoire de la tech, comparable voire supérieure à des opérations records comme celle d’Alibaba en 2014.
Goldman Sachs et Morgan Stanley sont les banques chefs de file pressenties pour l’introduction en Bourse d’OpenAI, soulignant l’ampleur de l’opération.
Croissance des revenus, pertes et rentabilité attendue
La trajectoire commerciale d’OpenAI est spectaculaire. Les revenus annualisés sont passés d’environ 2 milliards de dollars fin 2023 à 6 milliards en 2024, puis ont dépassé 20 milliards de dollars fin 2025, selon le CFO de l’entreprise. ChatGPT reste le moteur principal de cette croissance, porté par les abonnements et l’intégration en entreprise.
Cependant, OpenAI reste une entreprise fortement déficitaire. Selon The Information, OpenAI a perdu environ 1,22 dollar pour chaque dollar de revenu au premier trimestre 2026. Les pertes internes sont projetées à 14 milliards de dollars en 2026, et l’entreprise ne s’attend pas à devenir profitable avant environ 2030.
HSBC estime qu’OpenAI pourrait avoir besoin de plus de 207 milliards de dollars de financement additionnel d’ici 2030 pour maintenir ses opérations. Ce besoin de capitaux massif explique en partie la logique d’une IPO : lever des fonds sur les marchés publics reste l’un des seuls moyens de financer une telle trajectoire.
Anthropic, le rival qui pourrait dégainer avant OpenAI
Si OpenAI tarde, son concurrent direct Anthropic pourrait bien devancer l’inventeur de ChatGPT sur les marchés. OpenAI et Anthropic ont tous deux transmis confidentiellement aux autorités américaines des documents en vue de leur introduction en Bourse, visant une valorisation proche de 1000 milliards de dollars.
Anthropic a été valorisée à 965 milliards de dollars après sa levée de fonds de juin 2026. L’entreprise prévoirait de commencer le marketing de son IPO dès mi-octobre 2026, ce qui la placerait en tête sur la ligne de départ.
Cette dynamique concurrentielle ajoute une pression indirecte sur OpenAI. Perdre le statut de première entreprise d’IA cotée en Bourse aurait un coût symbolique et stratégique. Néanmoins, Sam Altman semble prêt à assumer ce retard pour privilégier la sécurité des modèles et la solidité financière de l’entreprise avant de s’ouvrir au marché.
La concurrence ne s’arrête pas à Anthropic. Google Gemini représente également une menace permanente sur le marché des modèles, ce qui accentue la guerre des talents et la pression sur les coûts de calcul. Cette dépendance à l’infrastructure cloud de Microsoft (via Azure) constitue d’ailleurs un risque structurel pour les futurs actionnaires.
Ce que cela signifie pour les investisseurs particuliers
Pour les investisseurs particuliers, en particulier en France et en Europe, l’IPO d’OpenAI soulève plusieurs questions concrètes. La première concerne l’accès aux actions. Une fois l’IPO lancée sur le Nasdaq aux États-Unis, plusieurs canaux seront disponibles : passer par un courtier en ligne agrégé en bourse américaine (comme un courtier européen proposant l’accès au marché US), utiliser des ETF ou des fonds indirects exposés au secteur de l’IA, ou encore recourir aux CFD (contrats sur différence) pour prendre une exposition sans détenir directement les actions.
Il faut toutefois garder en tête que Microsoft détient environ 27% du capital d’OpenAI, via des investissements débutant en 2019, avec des droits sur les modèles et Azure jusqu’en 2032. Cette participation massive constitue un facteur de dilution majeur pour les futurs investisseurs de marché. La structure de gouvernance post-IPO, notamment les droits de vote attachés aux actions, reste à clarifier.
Sur le plan fiscal, un investisseur français ou européen qui achète des actions américaines comme celles d’une future OpenAI cotée aux États-Unis doit prendre en compte plusieurs éléments : la taxe sur les plus-values applicable aux titres étrangers, l’éventuelle retenue à la source américaine sur les dividendes (et la convention fiscale franco-américaine qui peut réduire ce taux), ainsi que l’obligation déclarative des comptes détenus à l’étranger. Une détention directe via un compte-titres ordinaire ou un PEA (si éligibilité) n’offre pas les mêmes avantages fiscaux qu’une détention de valeurs françaises ou européennes.
Les risques concrets ne sont pas négligeables. Outre la dépendance à Microsoft et la guerre des talents face à Anthropic et Google, l’absence de rentabilité avant 2030 et des pertes massives projetées signifient que la valorisation reposera pendant des années sur la croissance future anticipée plutôt que sur des bénéfices réels. Un investisseur doit donc intégrer une horizon de placement long et une volatilité importante.
Enfin, le procès Elon Musk contre Sam Altman constitue un risque juridique non négligeable. Une décision défavorable pourrait forcer OpenAI à revoir sa structure de gouvernance post-IPO, voire à reconsidérer la répartition des droits de vote. C’est un élément à surveiller pour tout investisseur potentiel.
En attendant une cotation effective en 2027, les investisseurs particuliers n’ont pas d’accès direct à OpenAI. La seule exposition indirecte passe aujourd’hui par Microsoft, qui détient une part significative du capital et dont l’action reflète déjà en partie la performance d’OpenAI. Une fois l’IPO lancée, les courtiers européens proposant l’accès aux marchés américains permettront d’investir directement, moyennant des frais de transaction et une vigilance fiscale accrue.